Témoignages

La Didaché

Le Didaché a été écrit par les apôtres dans les années 50 de notre ère (c'est-à-dire du vivant des apôtres... Il a été retrouvé en 1853. Il se situe entre la Bible et les livres apocryphes, donc plus crédible que ces derniers et donc considéré comme authentique par tout le monde.

Didache03

Il décrit ce qu'un bon chrétien doit faire et la bonne conduite à tenir pour avoir la vie...:

I

1. - Il y a deux chemins : celui de la vie et celui de la mort; mais il y a une grande différence entre les deux chemins.
2. - Voici donc le chemin de la vie. En premier lieu tu aimeras le Dieu qui t'a créé; en second lieu tu aimeras ton prochain comme toi-même. Et tout ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît, ne le fais pas non plus à autrui.
3. - Voici donc l'enseignement renfermé dans ces paroles : bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent.
4. - Car quel gré vous saura-t-on si vous aimez seulement ceux qui vous aiment ? Les païens ne le font-ils pas aussi ?
5. - Mais vous, aimez ceux qui vous haïssent et vous n'aurez pas d'ennemi.
6. - Abstiens-toi des passions charnelles et mondaines.
7. - Si quelqu'un te donne un soufflet sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre et tu seras parfait.
8. - Si quelqu'un te requiert pour une corvée d'un mille, fais-en deux avec lui. Si quelqu'un t'enlève ton manteau, donne-lui aussi la tunique. Si quelqu'un te prend ce qui est à toi, ne le redemande pas, car tu ne le peux.
9. - A quiconque te demande donne et ne redemande pas, car à tous le Père veut faire part de Ses propres bienfaits.
10. - Heureux celui qui donne selon le commandement, car il est sans reproche. Malheur à celui qui reçoit : si quelqu'un reçoit parce qu'il a besoin, il sera sans reproche.
11. - Mais, s'il n'a pas besoin, il rendra compte pourquoi il a reçu et dans quel but. Jeté en prison, il sera examiné sur ce qu'il a fait et il ne sera pas relaché jusqu'à ce qu'il ait restitué le dernier quadrant.
12. - Mais à ce sujet aussi il a été dit : "Que ton aumône transpire dans tes mains jusqu'à ce que tu saches à qui tu donnes."

II

1. - Voici maintenant le second commandement de l'enseignement : Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne souilleras point les enfants; tu ne seras point impudique; tu ne déroberas point; tu ne t'adonneras point à la magie; tu ne prépareras point de breuvages empoisonnés; tu ne tueras point l'enfant par avortement et tu ne le feras pas mourir après sa naissance.
2. - Tu ne convoiteras point ce qui appartient au prochain; tu ne seras point parjure; tu ne porteras point de faux témoignage; tu ne médiras point; tu ne seras point rancunier.
3. Tu n'auras pas de duplicité dans tes pensées ni dans tes paroles, car la duplicité est un piège de mort.
4. - Ta parole ne sera pas mensongère ni vide, mais pleine d'action.
5. - Tu ne seras pas cupide, ni rapace, ni hypocrite, ni dépravé, ni orgueilleux.
6. - Tu n'écouteras aucun mauvais conseil contre ton prochain.
7. - Tu ne haïras aucun homme, mais tu reprendras les uns, tu prieras pour les autres, tu aimeras les autres plus que ton âme (1).

(1) : Le mot employé est Psyche : la vie, l'âme, le coeur, le centre sentimental.

III

1. - Mon enfant, fuis loin de tout mal et de tout ce qui lui ressemble.
2. - Ne sois pas colère, car la colère conduit au meurtre, ni jaloux, ni querelleur, ni emporté, car de tout cela naissent les meurtres.
3. - Mon enfant, ne sois pas convoiteux, car la convoitise conduit à l'impudicité; ne tiens pas de propos obscènes et n'aie pas le regard hardi, car de tout cela naissent les adultères.
4. - Mon enfant, ne sois pas augure, parce que cela conduit à l'idolâtrie, ni enchanteur, ni astrologue et ne purifie pas par l'externe; ne désire pas même regarder ces choses, car de tout cela naît l'idolâtrie.
5. - Mon enfant, ne sois pas menteur, parce que le mensonge conduit au vol, ni avare, ni vaniteux, car de tout cela naissent les vols.
6. - Mon enfant, ne sois pas murmurateur, parce que cela conduit au blaphème, ne sois pas arrogant, ni malveillant, car de tout cela naissent les blasphèmes. Mais sois doux, puisque les doux recevront la terre en héritage.
7. - Sois longanime, miséricordieux, sans méchanceté, paisible, bon; garde toujours en tremblant les paroles que tu as entendues.
8. - Tu ne t'élèveras pas toi-même et tu ne livreras pas ton coeur à la présomption.
9. - Ton âme ne s'attachera pas aux orgueilleux, mais se plaira avec les justes et les humbles.
10. - Accueille comme des bienfaits les choses extraordinaires qui t'arrivent, sachant que rien ne se produit en dehors de Dieu.

IV

1. - Mon enfant, souviens-toi nuit et jour de celui qui t'annonce la parole de Dieu; tu l'honoreras comme le Seigneur, car là d'où est annoncée la parole du Seigneur, là est le Seigneur. Tu rechercheras chaque jour la compagnie des saints, afin de te trouver un appui dans leurs paroles.
2. - Tu ne désireras pas la division, mais tu apaiseras ceux qui se disputent; tu jugeras avec droiture, tu ne feras pas acception de personne quand il s'agira de convaincre quelqu'un de transgression; tu n'auras pas le coeur partagé entre les suites de tes décisions.
3. - N'aie pas les mains tendues pour recevoir et fermées pour donner. Si tu as des moyens, tu donneras de tes mains le rachat de tes péchés.
4. - Tu n'hésiteras pas à donner et tu ne murmureras pas en donnant, car tu connaîtras quel est le bon rémunérateur qui te récompensera.
5. - Tu ne te détourneras pas de celui qui est dans le besoin, mais tu auras tout en commun avec ton frère et tu ne diras pas que cela t'appartient en propre; en effet, si vous participez en commun à ce qui est immortel, combien plus aux choses périssables !
6. - Ne retire pas ta main de dessus ton fils ou de dessus ta fille, mais dès la jeunesse enseigne-leur la crainte de Dieu.
7. - Ne donne pas tes ordres avec aigreur à ton esclave ou à ta servante qui espèrent dans le même Dieu, de peur qu'ils ne cessent de craindre le Dieu qui règne sur toi comme sur eux, car Il ne vient pas appeler les hommes selon l'apparence, mais ceux que l'Esprit a rendus prêts.
8. - Quant à vous, serviteurs, vous serez soumis à vos maîtres avec respect et crainte comme à l'image de Dieu.
9. Tu haïras toute hypocrisie et tout ce qui n'est pas agréable au Seigneur. Tu n'abandonneras pas les commandements du Seigneur, mais tu garderas ce que tu as reçu sans y rien ajouter ni en rien retrancher.
10. - Dans (devant) l'assemblée, tu confesseras tes transgressions et tu ne viendras pas à la prière avec une mauvaise conscience. Tel est le chemin de la vie.

V

1. - Mais voici le chemin de la mort. Avant tout il est mauvais et plein de malédictions : meurtres, adultères, convoitises, impudicités, vols, idolâtries, pratiques magiques, bénéfices, rapines, faux témoignages, hypocrisies, mauvaise foi, ruse, orgueil, méchanceté, arrogance, cupidité, langage obscène, jalousie, présomption, dédain, forfanterie.
2. - Persécuteurs des bons, gens haïssant la vérité, aimant le mensonge, ne connaissant pas la récompense de la justice, qui ne s'attachent pas au bien ni au jugement juste, qui veillent non pour le bien mais pour le mal.
3. - Qui sont loin de la bonté et de la patience, qui aiment les vanités, qui courent après la rétribution, qui n'ont pas pitié du pauvre, qui n'ont pas compassion de l'être accablé, ceux qui ne connaissent pas Celui qui les a créés, les meurtriers d'enfants, les corrupteurs de l'oeuvre de Dieu, ceux qui se détournent de celui qui est dans le besoin, qui accablent celui qui est dans les tribulations, les avocats des riches, les juges iniques des pauvres, coupables de tous les péchés. Enfants, fuyez tous ces gens-là.

VI

1. - Veille à ce que personne ne te détourne du chemin de cet enseignement, car il t'enseignerait ce qui est en dehors de Dieu. Si donc tu peux porter le joug du Seigneur tout entier, tu seras parfait; mais, si tu ne le peux pas, fais ce que tu peux.
2. - Quant aux aliments, porte ce que tu pourras, mais abstiens-toi strictement de ce qui a été sacrifié aux idoles, car c'est un culte rendu à des dieux morts.

VII

1. Quant au baptême, baptisez ainsi : après avoir proclamé tout ce qui précède, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit dans de l'eau vive (courante).
2. - Mais, si tu n'as pas d'eau vive, baptise dans une autre eau; si tu ne peux pas (baptiser) dans l'eau froide, que ce soit dans l'eau chaude. Si tu n'as ni l'une ni l'autre (en quantité suffisante), verse trois fois de l'eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
3. - Avant le baptême, que celui qui administre le baptême et celui qui le reçoit se préparent par le jeûne et, si d'autres personnes le peuvent (qu'elles fassent de même); en tous cas tu commanderas à celui qui va être baptisé de jeûner un ou deux jours auparavant.

VIII

1. - Que vos jeûnes ne soient pas en même temps que ceux des hypocrites : car ils jeûnent le deuxième et le cinquième jour de la semaine; mais vous, jeûnez le quatrième et le jour de la préparation (au sabbat).
2. - Ne priez pas non plus comme les hypocrites, mais comme le Seigneur l'a ordonné dans Son Evangile. Priez ainsi :
3. - Notre Père qui es au Ciel,
que Ton Nom soit sanctifié,
que Ton règne arrive,
que Ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel;
donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien
et remets-nous notre dette comme nous remettons (la leur) à nos débiteurs
et ne nous induis pas dans la tentation,
mais délivre-nous du mal, car à Toi appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles.
4. - Priez ainsi trois fois par jour.

IX

1. - Quant à l'eucharistie, faites ainsi vos actions de grâce. D'abord pour la coupe :
2. - " Nous Te rendons grâce, notre Père,
pour la sainte vigne de David Ton serviteur
que Tu nous a fait connaître par Jésus Ton Enfant.
A Toi la gloire pour les siècles. "
3. - Pour la fraction du pain :
" Nous Te rendons grâces, notre Père,
pour la vie et la connaissance que Tu nous a révélés par Jésus Ton Enfant.
A Toi la gloire pour les siècles.
4. - De même que ce pain rompu était dispersé sur les collines
et que, rassemblé, il est devenu un (seul tout),
qu'ainsi soit rassemblée ton Eglise des extrémités de la terre dans Ton Royaume.
Car à Toi sont la gloire et la puissance
par Jésus-Christ pour les siècles. "
5. - Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur; car c'est à ce sujet que le Seigneur a dit : Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens.

X

1. - Après vous être rassasiés (1), rendez grâces ainsi :
" Nous te rendons grâces, Père saint,
pour ton saint Nom
que tu as fait habiter dans nos coeurs
et pour la connaissance et la foi et l'immortalité
que tu nous as révélées par Jésus Ton Enfant.
A Toi la gloire pour les siècles.
2. - C'est Toi, Maître tout puissant, qui a créé toutes choses à cause de Ton Nom,
qui as donné la nourriture et le breuvage aux hommes pour qu'ils en jouissent,
afin qu'ils te rendent grâces.
Mais à nous tu as daigné accorder
une nourriture et un breuvage spirituels
et la vie éternelle par Ton Enfant.
Avant toutes choses nous Te rendons grâces
parce que Tu es puissant;
à Toi la gloire pour les siècles.
3. - Souviens-Toi, Seigneur, de Ton Eglise,
pour la délivrer de tout mal et la rendre parfaite dans Ton amour
et rassemble-la des quatre vents,
elle que tu as sanctifiée,
dans Ton royaume que Tu lui as préparé,
car à Toi sont la puissance et la gloire pour les siècles.
4. - Que la grâce arrive et que ce monde passe !
Hosanna au Fils de David !
Si quelqu'un est saint, qu'il vienne;
s'il ne l'est pas, quil se repente.
Maran atha. (2)
Amen. "

(1) : Il s'agit donc d'un véritable repas.
(2) : Ces deux mots signifient : Seigneur, viens ! (Marana Tha), ou Le Seigneur vient (Maran Atha).


XI

1. - Si donc quelqu'un vient et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit, recevez-le. Seulement, si ce docteur se dévoie et vous donne un autre enseignement de manière à renverser (celui que vous avez reçu), ne l'écoutez pas; d'autre part, s'il enseigne de manière à confirmer la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.
2. - Quant aux apôtres (1) et aux prophètes, agissez ainsi, selon le précepte de l'Evangile. Que tout apôtre venant à vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu'un jour, deux s'il est besoin; s'il reste trois jours, c'est un faux prophète. En partant, que l'apôtre ne prenne rien, sinon le pain suffisant pour atteindre l'endroit où il passera la nuit; s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète.
3. - Tout prophète qui parle en esprit, ne le mettez pas à l'épreuve et ne le jugez pas, car tout péché sera remis, mais ce péché-là ne sera pas remis.
4. - Cependant tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, à moins qu'il n'ait les manières d'être du Seigneur. C'est donc à leur conduite qu'on reconnaîtra le faux prophète et le vrai.
5. - Et aucun prophète qui dit en esprit de dresser la table n'en doit manger; s'il en mange, c'est un faux prophète. Tout prophète qui enseigne la vérité, s'il ne fait pas ce qu'il enseigne, est un faux prophète.
6. - Tout prophète éprouvé, véridique, agissant en vue du mystère terrestre de l'Eglise, mais n'enseignant pas aux autres à faire tout ce qu'il fait lui-même ne sera pas jugé parmi vous, car c'est à Dieu qu'il appartient de le juger; les anciens prophètes ont également fait des choses semblables.
7. Mais si quelqu'un vous dit, parlant en esprit : Donne-moi de l'argent ou autre chose, ne l'écoutez pas. Cependant, si c'est pour d'autres personnes qui sont dans l'indigence qu'il a dit de donner, que personne ne le juge.

(1) : Le mot apôtres désigne ici les prophètes itinérants, et non pas les douze apôtres mentionnés dans le titre de la Didachè.

XII

1. - Que quiconque vient au nom du Seigneur soit reçu. Puis, après l'avoir mis à l'épreuve, vous le connaîtrez, car vous aurez l'intelligence de la droite et de la gauche (1).
2. - Si l'arrivant est de passage, aidez-le autant que vous pouvez; mais il ne restera chez vous que deux ou trois jours, s'il y a nécessité.
3. - S'il veut, ayant un métier, se fixer parmi vous, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a pas de métier, veillez selon votre intelligence à ce qu'un chrétien ne vive pas parmi vous sans rien faire.
4. - Mais, s'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ; tenez-vous en garde contre de tels gens.

(1) : Du bien et du mal.

XIII

1. - Tout prophète véridique qui veut se fixer parmi vous est digne de sa nourriture. De même un docteur véridique est digne, lui aussi, comme l'ouvrier, de sa nourriture.
2. - Tu prendras donc toutes les prémices de ton pressoir et de ton aire, de tes boeufs et de tes brebis pour les donner aux prophètes, car ce sont eux qui sont vos grands prêtres. Mais, si vous n'avez pas de prophète, donnez-les aux pauvres. Si tu fais un pain, prends-en les prémices et donne-les selon le commandement.
3. - De même, si tu ouvres une amphore de vin ou d'huile, prends-en les prémices et donne-les aux prophètes; de l'argent aussi et du vêtement et de tous les biens (que tu possèdes) prends les prémices comme bon te semblera et donne-les selon le commandement.

XIV

1. - Chaque dimanche, vous étant assemblés, rompez le pain et rendez grâces, après vous être mutuellement confessé vos transgressions, afin que votre sacrifice soit pur.
2. - Mais que quiconque a un dissentiment avec son prochain ne se joigne pas à vous jusqu'à ce qu'ils se soient réconciliés, afin que votre sacrifice ne soit pas profané. Car voici l'(offrande) dont a parlé le Seigneur :
3. - " En tout temps et en tout lieu on me présentera une offrande pure, car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon Nom est admirable parmi les nations. " (Malachie)

XV

1. - Elisez-vous donc des évêques et des diacres dignes du Seigneur, hommes doux et désintéressés, véridiques et éprouvés, car pour vous ils remplissent, eux aussi, l'office de prophètes et de docteurs.
2. - Ne les méprisez donc pas, car ils doivent être honorés parmi vous en communauté avec (au même titre que) les prophètes et les docteurs.
3. - Reprenez-vous les uns les autres, non pas en colère mais en paix, comme vous en avez l'ordre dans l'Evangile et celui qui manque à son prochain, que nul d'entre vous ne lui parle ni ne l'écoute jusqu'à ce qu'il se soit repenti.
4. - Mais vos prières et vos aumônes et toutes vos actions, faites-les comme vous en avez l'ordre dans l'Evangile de notre Seigneur. 

XVI

1. - Veillez sur votre vie. Que vos lampes ne s'éteignent pas et que vos reins ne se déceignent pas, mais soyez prêts, car vous ne savez pas l'heure où notre Seigneur viendra.
2. - Réunissez-vous fréquemment, cherchant ce qui convient à vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous servira de rien si au dernier moment vous n'êtes pas devenus parfaits.
3. - Car dans les derniers jours les faux prophètes et les corrupteurs se multiplieront, les brebis se changeront en loups et l'amour se changera en haine; car, l'iniquité ayant augmenté (les hommes) se haïront les uns les autres et se persécuteront et se trahiront.
4. - Alors paraîtra le Séducteur du monde (se donnant) comme fils de Dieu et il fera des signes et des prodiges et la terre sera livrée entre ses mains et il commettra des forfaits tels qu'il n'y en a point eu depuis l'origine des temps.
5. - Alors toute la création humaine entrera dans le feu de l'épreuve et beaucoup succomberont et périront; mais ceux qui auront persévéré dans leur foi seront sauvés de cet anathème.
6. - Et alors paraîtront les signes de la vérité; d'abord le signe de l'ouverture du ciel, puis le signe du son de la trompette et troisièmement la résurrection des morts, non de tous, il est vrai, mais comme il est dit : " Le Seigneur viendra et tous les saints avec Lui ! "
7. - Alors le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du Ciel. 

Interdisons l'ostracisme religieux !!!

Interdisons l'ostracisme religieux

Article pris sur WatchteaserArticle de Richard Kelly
La revue La Tour de Garde du 15 janvier 2013 ne laisse planer aucun doute sur la façon dont les Témoins de Jéhovah doivent traiter les membres de la famille qui ont été «excommuniés», ou exclus, de leur religion.

« 
En réalité, ce proche, à qui tu tiens tellement, a besoin de voir que tu es résolu à faire passer Jéhovah avant tout, y compris tes liens familiaux » affirme le magazine à la page 16, avant d'avertir : « Ne cherche pas de prétexte pour fréquenter un proche excommunié, même par téléphone ou par courriel ».

Les Témoins de Jéhovah ne sont pas la seule religion qui appelle ses partisans à ostraciser quiconque quitte la foi. Décrite comme une torture psychologique par le Professeur Almerindo E. Ojeda de l'Université de Californie-Davis, un  rejet social similaire est utilisé aux États-Unis par les Anabaptistes (les Amish, les Mennonites, Huttérites), la Scientologie et la foi Baha'i, entre autres. Certaines églises protestantes évangéliques contemporaines ont renouvelé la pratique de l'ostracisme, comme le révèle le cas d'un ancien professeur de l'école du dimanche de 71 ans qui a été arrêté pour avoir outrepassé ses fonctions en remettant en question l'autorité de son pasteur.
Cette pratique peut avoir des conséquences dévastatrices.

En 2011, Eric Reeder a été excommunié des Témoins de Jéhovah, après un accident de moto qui l'a conduit à accepter une transfusion sanguine - un traitement médical interdit par sa religion. Sa famille l'a ensuite ostracisé en conformité avec les règles de cette religion.
Eric a commenté sa situation dans un forum en ligne pour les ex-Témoins en Août de la même année, en admettant: « La seule chose qui va vraiment me manquer, ce sont mes parents ... Mon père est un « ancien » zélé et il m'a dit qu'il ne sera plus en mesure de me parler autant qu'avant. »

En Avril 2012, il a écrit qu'il n'était toujours pas habitué à l'idée d'être complètement rejeté par ses parents,  avant d'ajouter: "C'est tellement dur... personne ne devrait avoir à perdre ses parents une deuxième fois ! "

Fin septembre, Eric a été retrouvé mort à l'âge de 51 ans. Il s'est suicidé.
Personne ne peut présumer des sombres pensées qui hantaient l'esprit d'Eric quand il s'est tué, ni de ce qui l'a finalement conduit à un tel acte désespéré. Mais nous savons qu'au cours des mois précédents, Eric s'était dit profondément tourmenté par l'ostracisme dont il faisait l'objet de la part des membres de sa famille.
Bien que la Société Watchtower, le nom de l'entité juridique utilisée par les Témoins de Jéhovah, publie fièrement des statistiques annuelles relatives à son travail d'évangélisation dans le monde entier, il n'existe pas de chiffres officiels pour comptabiliser ceux qui sont excommuniés, et il n'y aucun moyen de savoir combien d'anciens membres, comme Eric, se sentent si désespérés qu'ils mettent fin à leur vie. Cependant, on trouve un grand nombre de témoignages révélateurs sur des forums Internet fréquentés par des ex-Témoins.  Un chercheur connu, Terri O'Sullivan, a indiqué que l'ostracisme altère fortement l'équilibre psychique d'une personne en moins de 60 secondes.
En l'absence de toute démarche populaire ou politique pour s'attaquer à la question de l'ostracisme insufflé par la religion, je suis fier de faire partie d'une organisation qui ose l'affronter de face. Advocates for Awareness of Watchtower Abuses (AAWA, en français Comité de Vigilance sur les Abus de la Watchtower) a été créé pour sensibiliser le monde à certaines des pratiques les plus choquantes de la Watchtower (voir le site www.aawa.co).
Bien que la liberté religieuse tolère nombre de comportements irréguliers, il est des cas où les gouvernements ont sanctionné avec succès  la pratique de l'ostracisme:

"La communauté juive a été fréquemment confrontée à cette question en Europe de l'Est, où les autorités ont interdit la pratique de l'excommunication et de l'ostracisme. Sans surprise, face aux importantes sanctions du gouvernement dans ce domaine, les autorités juives ont cessé d'utiliser l'exclusion comme une méthode disciplinaire servant à la protection de la communauté », affirme un article de Michael J. Broyde, directeur du programme sur la loi et la religion à l'Université Emory.
Mes collègues et moi-même estimons que l'ostracisme de la part des familles et des amis constitue une violence mentale et émotionnelle. La société moderne ne doit plus permettre à la Watchtower de promouvoir cette pratique barbare dans ses écrits ou oralement.
 
Richard E. Kelly est le directeur général d'AAWA et l'auteur de « Grandir au Club Maman: une étude sur l'enfance des Témoins de Jéhovah » et « Les Fantômes du Club de Maman ».  Ancien président retraité d'une entreprise de fabrication au Michigan, Kelly a fait partie des Témoins de Jéhovah jusqu'à l'âge de 20 ans.

Les TJ et l'excommunication

A croire que les membres du Collège Central ont des problèmes pour dormir avec ce sujet très délicat :

Analyse d'un Témoin de Jéhovah à l'esprit affuté :

La TG du 15 4 2015 consacre 4 pages à l’excommunication ; 4 pages de manipulation monumentale.
On compare l’excommunication à quelques gifles données à un randonneur en hypothermie ................ Dans les 2 cas, c’est pour son bien. Depuis quand frappe-t-on un malade pour le guérir ?
 
P 27 on parle de conseils bibliques sur l’excommunication : hypocrisie
On y reconnait aussi le caractère “très difficile voire impossible “ de mettre en oeuvre cette excommunication.
Comment de simples conseils peuvent-ils induire une  attitude “très difficiles voire impossible” si ce n’est que par une subtile manipulation  d’endoctrinement.
En fait, ce ne sont pas des conseils ce sont des consignes.
 
P30 : contradiction : “les excommuniés ne sont plus membres de la famille SPIRITUELLE” ; Et pourtant on demande  à la famille charnelle d’avoir la même attitude que la famille spirituelle.
  
Enfin ils laissent entendre que c’est ‘la façon de vivre’ qui créé la barrière.
Or il est évident que les excommuniés n’ont pas tous la même façon de vivre, ce qui montre 1) que l’attitude des familles devrait être du cas par cas et 2) que c’est à chaque famille de dire si elle sent une barrière. Et si la famille fréquente un membre excommunié , c’est qu’il n’y a pas de barrière donc pas de problème. Toute autre attitude relève de l’intolérance. 3) c’est un argument bidon : car ils appliquent la même mesure à un “apostat” qui mène une vie tranquille.
 
Ce qui change dans ce paragraphe c’est qu’on invoque plus  l’exigence biblique car ils se rendent compte qu’ils n’ont pas le droit de le faire au nom de la religion.
 
En fait cet article est très subtil : Il continue à faire croire qu’il faut rejeter les excom et dans le même temps ils font un repli stratégique
 
Je pense qu’ ils préparent leur défense à venir (affaire de Finlande et autres) ,Si les avocats en face des TJ ne sont pas excellents, le juge n’y verra que du bleu.


Voilà leur future défense qu'il faut déjà anticiper :
- L'excommunication est une marque d'amour  p 29  ( Les  fait démontrent le contraire, mais" gouverner c'est faire croire" :  manipulation).
- C'est pour le bien de l'individu ( on aide un hypothermique à ne pas s'endormir p31) (on se demande pourquoi tant se  plaignent : c'est du foutage de G mais les TJ vont le croire en interne :  d'où la pensée de Pascal : on ne fait jamais le mal aussi pleinement.... que quand on le fait par conscience))
-Certains ont reconnu que ça les a aidés à revenir p31 ( en fait ce sont ceux qui ont cédé au chantage)
-On ne donne que des conseils, donc,  chacun est libre p 27 (on n'est plus dans le "commandement" : faux puisque sanctions)
-Ce n'est pas l'excommunication qui créé la barrière, c'est la "façon de vivre" p 31 (faux puisque celui qui quitte sans faute  (péché grave) est traité de la même façon)
Tout cela pour dire que cette TG est de la poudre au yeux pour  les critiques internes et l'observateur extérieur qui regarde de plus près,   mais sur le fond rien de changer en interne. Ceux qui suivent sans réfléchir vont être renforcés dans leur conviction.

 Je pense qu'ils ont senti le vent de la contestation sur ce sujet donc :  "tapis rouge, vaseline et chausse pied". Parallèlement ils continuent de culpabiliser et sanctionner celui qui va à  l'encontre de ces consignes, donc en interne, ça continue !!
Il ne faut jamais oublier que la WT c'est dr Jeykill et Mr Hyde. Il ne faut jamais oublier  leur double visage et leur double langage.

 Résumé: Toujours autant d’embrouilles pour manipuler  les familles . Ceci  montre à mon avis  que la contestation sur le net et dans les congrégation commence à porter ses fruits.

Pionnière prise par le doute

Préambule

Je vous propose de découvrir le témoignage d’une jeune femme, témoin de Jéhovah, qui après avoir appris le chinois et contacté les immigrants dans la ville de Vancouver (Canada) est partie pour Taïwan et la République populaire de Chine. Elle y a séjourné 6 années en tout. Au cours de son séjour en Chine continentale elle a découvert la liberté de penser alors qu’elle conduisait une étude de la Bible. Ce qu’elle n’avait jamais connu auparavant. Découvrez la suite dans son récit passionnant.

Ce qui m’a touché dans le témoignage d’Amber c’est la pudeur dont elle recouvre ses sentiments et certainement ses désillusions.

AMBER SCORAH

QUITTER LES TÉMOINS

UN PRÉDICATEUR RETROUVE SA LIBERTÉ DE PENSER SOUS LE RÉGIME TOTALITAIRE CHINOIS

Les anciens m’ont demandé de les rencontrer au Starbucks Coffee à Nanjing Road, dans le centre de Shanghai. Comme pour marquer un changement la brume régnant habituellement a fait place au soleil ce jour-là. Quand je suis arrivée, j’ai été accueilli par les frères Steven et Richard. Ils m’avaient déjà commandé un café glacé. La glace avait en partie fondue. J’ai remué la boisson avec une paille.

Frère Steven a commencé.

« Amber, nous voulions te rencontrer, aujourd’hui, afin d’éclaircir certaines déclarations qui nous ont été rapportées. » Il s’est éclairci la gorge. Les yeux de frère Richard regardaient derrière-moi. « Nous avons voulu te rencontrer pour t’encourager et t’apporter l’aide dont tu pourrais avoir besoin. S’il te plait ne sois pas stressée. »

Le soleil brillait sur mon visage, à la manière d’une lampe utilisée pendant un interrogatoire.

« Tu sais sans doute à quelles conversations nous faisons allusion ? »

Il faisait allusion aux conversations que j’avais eues avec Jean, une jeune enseignante chinoise, qui étudiait la Bible en ma compagnie. N’ayant jamais été capable de bien mentir, je leur ai dit la vérité. Jean était en plein questionnement, légèrement confuse. Mais selon mon ressenti c’était la meilleure façon d’agir avec elle : lui expliquer certaines choses.

« Oui, bien sûr », a déclaré frère Steven. « Maintenant peux-tu, s’il te plait nous expliquer exactement ce qui s’est passé. »

Assis devant notre tasse de café, nous ressemblons aux nombreux expatriés vivants dans la région de Shanghai. Ce n’était qu’une impression. Nous sommes témoins de Jéhovah. Chacun d’entre nous, à son arrivée en Chine avait des sacs remplis de publications de la Watchtower emballées dans du papier cadeau ou cachées à l’intérieur de chaussettes, dans le but de convertir les Chinois à notre foi. Nous savions que de nombreux témoins avaient été suivis, observés, parfois arrêtés et déportés par les autorités chinoises. Tous les trois nous étions des criminels aux yeux du gouvernement chinois. Cependant, un seul d’entre nous passait pour un criminel aux yeux des anciens, de la congrégation. La rencontre au Starbucks Coffee risquait de se traduire par un autre type de déportation mettant une fin brutale aux 30 années d’une vie, ma vie, passée au sein d’un mouvement assez complexe et intimidant, dont le fonctionnement interne m’était partiellement inconnu.

J’ai commencé à apprendre le chinois —le mandarin— en 2003 par le biais de cours du soir proposés par ma congrégation à Vancouver. J’étais une témoin de Jéhovah zélée depuis l’enfance, et je suis devenue prédicatrice à plein temps , après l’obtention de mon diplôme de l’école secondaire. C’est un chemin assez typique pour un jeune témoin. La poursuite d’une carrière était aussi mal vue qu’un état d’esprit matérialiste, toute chose pouvant représenter une distraction du seul centre d’intérêt vraiment important : la prédication.

Quatre jours par semaine, je mettais une jupe toute simple et des chaussures confortables, remplissais ma serviette avec les magazines et autres publications de la Watchtower, marchais jusqu’à la salle du Royaume près de chez moi à Kitsilano. Nous avions un rendez-vous commun afin de nous répartir par voiture en vue de la prédication. Le territoire qui nous était souvent attribué couvrait les quartiers aisés de Vancouver ouest.
Nous frappions aux portes — rue par rue, maison par maison. Certaines personnes étaient polies, d’autres étaient simplement agacées. De temps en temps, quelqu’un me claquait la porte au visage, ou criait. Mais la plupart des gens ne répondait pas. Le travail missionnaire n’était pas le plus facile à Vancouver.

Mon zèle n’en a pas été affecté pour autant. Les trois réunions hebdomadaires nous préparaient à faire face aux refus éventuels. Une des réunions nous apprenait comment surmonter les objections et devenir de meilleurs prédicateurs. Mes seuls amis étaient des témoins. Il était déconseillé, voire interdit, de se lier avec « gens du monde » (non-témoins). Nous étions tous dans le même bateau, et les plus de 70 heures par mois consacrées à la prédication n’étaient pas une mince affaire. Nous avions à l’esprit que de toute façon tous ces gens seraient tués à Armageddon. Il était donc facile de ne pas ressentir les refus et les cris sur un plan trop personnel.

Un jour j’ai entendu parler d’une idée qui germait parmi les témoins de Jéhovah : la prédication effectuée auprès des immigrants chinois. Moi aussi je voulais prêcher à des personnes qui voulaient bien écouter, plutôt qu’à des riches auto-satisfaits comme on en trouve à Vancouver. Les immigrants me semblaient être des personnes prêtes à l’écoute. Je me suis donc inscrite pour les cours de mandarin dispensés gratuitement par l’organisation.

L’apprentissage du chinois était un processus épuisant. J’avais mal aux muscles de la mâchoire après la première leçon. Bien que mes progrès aient été lents, je suis devenue, néanmoins, capable de conduire plusieurs étude de la Bible. Finalement, afin de faciliter mes déplacements en ville, j’ai acheté un break Volvo de 1982, bon marché, et mené à bien des études de la Bible, d’une heure environ, avec des immigrants chinois.

Après une année de cours de chinois, j’ai décidé de quitter mon travail à temps partiel et de partir pour la Chine. Compte tenu de la réaction positive, que je recevais des immigrants chinois au Canada, j’étais très excitée. J’ai fini par comprendre pourquoi Dieu n’était pas encore intervenu et provoqué la guerre d’Armageddon. Il y avait encore plus de 1,3 milliard de personnes à atteindre avant la fin du monde.

Trois fois par semaine, les 110 000 congrégations de témoins de Jéhovah, partout dans le monde, se réunissent pour étudier exactement les mêmes matières préparées par un organisme central basé à Brooklyn. Le thème le plus fréquent des réunions de témoins explique ce qu’il faut faire pour survivre à Armageddon, la fin du monde. Le but ultime de la prédication est de convertir les gens, sauvant ainsi leur vie. Chaque témoin est constamment tenu de partager ses convictions, puisque seuls les Témoins de Jéhovah seront sauvés. En prêchant aux autres on sauve également sa propre vie.

Il est vivement déconseillé aux Témoins de poursuivre des études de niveau universitaire. L’organisation n’est pas le meilleur endroit pour des penseurs critiques, toute forme de dissidence est vite réprimée. Bien que les témoins soient encouragés, en théorie du moins, à examiner leurs propres convictions, le moindre questionnement sérieux hors des sentiers battus et la manifestation d’une certaine non-conformité peut conduire à l’excommunication. Une sérieuse mise à l’écart de la communauté des Témoins.

J’étais bien tentée, parfois, de prendre connaissance de la documentation produite par les « apostats » — soit sous la forme de vidéos, soit la forme d’enregistrements audio— critiquant les Témoins, signalant les incohérences de leur position officielle, de leurs doctrines, d’entendre des débats engagés à propos de questions comme le refus des transfusions sanguines, par exemple. J’étais assez curieuse et j’aurais aimé savoir ce qu’expliquaient ces documents ; Dieu sait combien nous avons été mis en garde contre toute cette littérature. Elle était présentée (comme cette histoire par exemple) comme destructrice et insidieuse son auteur(e) étant aussi mauvais voire pire que le Diable lui-même. Pas question de laisser notre curiosité nous égarer.

Dès l’enfance nous avons été encouragés à préserver notre énergie, nos talents et ressources, pour notre mission principale : la prédication. Il n’a jamais été question pour moi de faire carrière, c’était tout simplement hors de question. Exercer un travail à temps partiel, comme nettoyeur de vitres ou travailler dans un salon de coiffure par exemple, pouvait passer pour un excellent choix de vie, car il laissait la première place à la prédication. Le programme présenté, lors des trois réunions hebdomadaires, à la salle du Royaume ne manquait pas de revenir sur ce choix de vie ; soit par le biais de discours publics, de colloques, de démonstrations ainsi que par l’examen de la Tour de Garde au moyen de questions et réponses, mais aussi dans nos conversations personnelles. Nous n’avions pratiquement aucune relation sociale suivie avec des non-témoins, gens du monde, puisque nous devions éviter leur influence corruptrice. Nous vivions dans notre propre société.

Quand je suis arrivé en Chine j’ai compris que la situation était vraiment différente. Le prosélytisme est illégal. Les assemblées religieuses sont interdites. La prédication ainsi que la tenue des réunions de la congrégation doivent s’effectuer dans la clandestinité. Cela signifie que les quelques témoins de Shanghai ne peuvent se réunir que secrètement et rarement plus d’une fois par semaine. Il n’est bien sûr pas question de prêcher de porte en porte selon la méthode habituelle. Pour moi qui était une témoin à la routine bien rodée, cela ressemblait à une aventure sans précédent.
Quelques semaines après mon arrivée à Shanghai, j’ai reçu un message, au texte énigmatique, d’un homme qui se faisait appeler James (certains d’entre nous utilisions de faux noms ; nous savions que le gouvernement chinois surveille la messagerie électronique). Il a proposé de nous retrouver dans un restaurant local bruyant de l’ancienne concession française. En entrant dans le restaurant j’ai composé son numéro, il m’a fait signe. Nous avons bavardé quelques minutes, puis il est entré dans le vif du sujet. De façon pratique, il m’a expliqué les instructions de la filiale des témoins de Jéhovah quant à l’exécution de mon travail de missionnaire. Je devais trouver un emploi, peut-être enseigner l’anglais, comme couverture. Ensuite, je devais commencer à cultiver des relations avec les gens du monde, chinois et occidentaux. Ces amitiés avaient pour seul but d’amener des personnes à se convertir religieusement, soit devenir des témoins de Jéhovah.

Cela me semblait totalement irréaliste. Jusqu’à ce moment même j’avais appris tout au long de ma vie à me tenir éloigné de ces gens. J’étais celle qui passait son temps à s’excuser pour ne pas déjeuner avec ses collègues. Celle qui n’a jamais embrassé le garçon qui l’aimait au lycée. J’étais la seule qui ne se joignait pas aux activités sportives extrascolaires, qui ne participait pas aux fêtes d’anniversaire, au bal de fin d’année, tout cela par crainte d’être contaminée. Mais bon c’était mes instructions ; c’était sans discussion.

La première fois que j’ai essayé de nouer des relations avec une amie non-témoin, je me trouvais dans une librairie sur Fuzhou Road, à quelques blocs vers le bas de la place du peuple. J’ai regardé autour de moi pour repérer les caméras de sécurité. Malgré la foule nombreuse je dépassais de beaucoup par ma taille, grande jeune femme, la masse d’acheteurs du samedi de taille uniforme.

Ressentant un sentiment proche de la paranoïa, je me dirigeais vers la section des livres en anglais, imaginant que je susciterais moins de méfiance. J’ai ouvert un manuel d’enseignement d’anglais et jeté un regard sur le haut du livre. J’étais nerveuse. J’étais plutôt habituée aux sonnettes et aux petits sermons. De plus, mon chinois était encore assez pauvre. Je ne savais pas comment me débrouiller lors d’une conversation.
Une jeune femme dans la petite trentaine avec des lunettes à monture métallique s’est arrêtée à l’étagère à côté de moi. Elle portait un pull mohair serré et un pantalon en laine écossaise. Sa simplicité m’a encouragé à me lancer pour l’aborder.

« Ni hao », ai-je dit, timidement.

Un grand sourire a éclairé sur son visage. « Vous parlez chinois ! », a-t-elle dit.

« Bu tai hao » (Qui signifie « Pas trop bien. »)

« Waaa, tai hao le ! » (« Wow, c’est incroyable ! »)

Voilà comment j’ai rencontré Jean.

Jean m’a invitée pour le dîner le lendemain. Elle avait écrit des instructions détaillées pour rejoindre son appartement par le métro. Prendre la ligne 3 jusqu’à la Station Caoxi. Tourner à l’extrême droite après l’enseigne IKEA, vous y êtes presque.

J’ai gravi l’escalier menant à son appartement et passé devant la cuisine commune, située en bout de couloir en plein-air, dans laquelle des résidents préparaient leurs repas. J’étais devant la porte de Jean et j’ai frappé.

« Ni hao », a dit Jean avec enthousiasme, ouvrez la grille métallique.

Deux lits formaient un L dans la pièce. Sa colocataire se tenait cérémonieusement sur le lit recouvert d’un couvre-lit rose et froissé. Entre les lits il y avait une table sur laquelle on avait déposé de la nourriture. Quatre plats : des légumes verts sautés, du soja au poivrons, de la viande en sauce, du tofu frit et du riz dans une cocote.

« Huanying. Qing jin ! » (« Bienvenue. Entrez ! ») La colocataire de Jean a souri, ses yeux se sont plissés.

Jean a rincé les baguettes et les bols dans l’évier à côté de la salle de bain et les a déposé encore humides sur la table.

« J’espère que vous aimerez. J’espère que cela ne sera pas trop mauvais. »

Jean a ouvert le couvercle du cuiseur à riz numérique et a versé du riz dans chacun de nos bols.

« Chi fan ! » ("Mangez ! »)

Elle a déplacé les plats, puis repris ses baguettes et déposé un morceau de viande sur mon riz, et enfin des légumes verts. Elle m’a invitée à manger. Je voulais l’attendre pour commencer, mais elle a insisté. La colocataire m’observait prenant une bouchée.

« Hao chi ! » ai-je dit avec enthousiasme. J’essayais de compenser par le ton de la voix ce qui me manquait en vocabulaire.

Jean mis la main sur sa bouche et se mit à rire, répéta avec insistance en hochant la tête, « Bu hao chi ! » (« C’est pas terrible ! »)

« Non ! C’est délicieux », ai-je répondu. C’était vraiment une bonne cuisinière.

Nous avons bavardé moitié en chinois, moitié en anglais, tout en mangeant. Jean s’exprimait bien mieux en anglais que moi-même en chinois ; sa colocataire l’enviait. Elle a étudié avec sérieux et avec le temps est devenue le seul enfant dans son village du Nord du Jiangsu à parler anglais. Un cousin plus âgé lui apportait des livres quand il revenait de d’un voyage d’affaires à Tianjin. Il y a deux ans que Jean a déménagé à Shanghai pour le travail. Elle a trouvé un emploi comme réceptionniste dans une société immobilière, mais son rêve c’était de devenir professeur de chinois. Chaque mois, elle envoyait une partie de son salaire à ses parents. En dépit de la politique de l’enfant unique, ses parents ont eu six enfants (cinq filles et un garçon) en trompant les autorités. Une des filles a été adoptée ; le reste de la famille s’est installé sur un domaine afin d’éviter des amendes ou la stérilisation. Ils se sont arrêtés après avoir eu un garçon.
Jean a expliqué qu’elle aimait son travail, parce que le patron était anglais, et elle avait parfois le courage de parler avec lui en anglais. Elle a raconté des histoires de leurs conversations banales à propos de repas ou de coupes de cheveux avec délectation. Elle gagnait 1 800 renminbi par mois, soit environ 280 $.

Frère James m’avait recommandé qu’avant de parler de la Bible avec l’une de mes nouvelles relations, de tenter de découvrir si cette personne ou sa famille était affiliée au parti communiste. Toute personne membre du parti constituait un danger potentiel, et le contact devait être arrêté immédiatement ; un membre du parti peut toujours se retourner par loyauté vers le régime. En revanche, il m’a été dit également que certaines personnes sont devenues membres du parti simplement pour se qualifier pour certains emplois, ce qui signifie qu’elles n’étaient communistes que de nom et donc qu’il n’était pas aussi risqué d’être ami avec de telles personnes. J’ai essayé de diriger à nouveau la conversation sur la famille de Jean.

« Eh … que fait ton père actuellement dans le Jiangsu ? »

« Il est agriculteur. »

Cela semblait sans danger. Je me demandais s’il y avait des agriculteurs communistes ? Après tout, ne devaient-ils pas donner un pourcentage de leurs récoltes à l’État ? J’essayais de penser aux films chinois que j’avais vu, ma seule référence.

« Et ta mère ? »

« Elle surveille les enfants avec l’aide de ma grand-mère. Parfois elle participe aux travaux de la ferme ou fait de l’artisanat qu’elle vend plus tard. » Bien sûr avec ses six enfants elle ne doit pas avoir trop de temps pour s’occuper du parti communiste.

« Et tes frères et sœurs, aucun d’entre eux ne travaillent ? »

« Ma sœur cadette va encore à l’école, ma sœur aînée a un bébé. Quant à mon frère il est dans l’armée. »

L’armée ! Pourquoi James n’a-t-il rien dit à propos de l’armée ? En moi résonne comme une alarme. Si l’on est dans l’armée, on doit être communiste.

« Mais il a écrit mes parents depuis son camp militaire, qu’il veut devenir une star de la pop-musique. Ils sont très en colère. Mais il m’en avait parlé longtemps, j’ai économisé de l’argent et lui ai envoyé une guitare pour son anniversaire. Voici une photo de lui en train de jouer. » Elle a ouvert son portable. Sa posture d’adolescent paresseux me rassure quelque peu quant à son niveau de dévotion au Président.

Nous avons fini de manger, et Jean a refusé mon aide pour débarrasser les plats. « Reste assise, reste assise », elle me retient par le bras. Lorsqu’elle a terminé de déposer la vaisselle dans l’évier, elle a mentionné qu’il y avait une surprise. Dessert et café, dit-elle, rayonnant. Les deux semblaient déjà une rareté en Chine.

« Chez IKEA. » Ses yeux brillent. « Tu connais, tu peux prendre autant de café que tu veux, gratuitement ? Nous les Chinois ne comprenons pas cela, nous pensons qu’ils sont totalement fous. »

Nous avons mis nos vestes et avons dévalé les cinq volées d’escaliers. Il commençait à faire un peu froid car nous étions déjà en octobre. Alors que l’on approchait du bloc jaune et bleu, ma nouvelle amie a manifesté une excitation incroyable. Avec le temps, les mois passés à Shanghai s’ajoutant les uns aux autres devinrent des années, j’ai commencé à sentir un semblable émerveillement devant le café proposé gratuitement.

La cafétéria offre certains éléments de la cuisine chinoise, mais est identique aux autres cafeterias IKEA dans le monde, bon marché et lumineux. J’aurais pu être à Vancouver, si ce n’est le mouvement chaotique des files d’attente et les convives installés aux tables avec du riz apporté de la maison. Beaucoup de clients sont des résidents qui vivent dans les ruelles délabrées derrière le bâtiment jaune. Les locaux l’utilisent au mieux, profitant de l’air conditionné gratuit, faisant d’IKEA, la salle de séjour, qu’ils n’ont jamais eue.

J’ai choisi un mini cheesecake avec une groseille à maquereau ; Jean a pris un pouding au chocolat. J’ai payé, en dépit de ses vives protestations, puis nous nous sommes approchées du distributeur de café avec nos tasses. Les gens prenaient de la crème en poudre et des paquets de sucre les emportant chez eux. Une dame plus âgée m’a disputé parce que je ne participais pas au pillage. « C’est gratuit », a-t-elle, en rouspétant contre moi.

Nous avons trouvé une petite table libre près de la fenêtre. Les personnes autour de nous ne nous ont pas prêté attention, elles étaient occupées par leurs affaires, sur leur table les assiettes et les plats vides étaient empilés. Des dames âgées gardaient des petits enfants. Deux enfants se dirigeaient vers la salle de jeux transformée en fausse chambre d’enfants. Jean et moi-même avons bavardé pendant un long moment. Nous avons repris deux fois du café. Puis nous avons convenu de nous revoir le week-end prochain pour une balade à vélo. Jean désirait me montrer un restaurant du Hunan.

Ainsi très tranquillement —sans avoir l’air d’y toucher— je commençais à m’infiltrer dans un nouvel univers.

J’ai commencé à suivre des cours en mandarin quotidiennement avec des personnes venues du monde entier, bien entendu personne ne savait quoique ce soit sur mon appartenance religieuse. Mon professeur était ravi de mes progrès, me comparant souvent aux autres élèves, à la manière chinoise, sans trop de tact : « Vous parlerez couramment dans deux ans. Vous » — dit-il en pointant du doigt l’étudiante assise à côté de moi —« Non », a-t-elle dit en secouant la tête. A la fin du cours je restais et discutais avec mes camarades qui apprenaient, eux, le chinois pour des motifs divers. Certains sont venus en Chine pour faire la fête, d’autres pour rencontrer des filles chinoises et passer du bon temps avec elles et certains attirés par l’argent facile que l’on peut gagner en Chine. Pour ma part je suis restée très vague quant aux raisons qui m’ont poussée à apprendre le chinois. James avait martelé de façon presque nerveuse qu’il ne fallait rien révéler. Étant entrainée à obéir, j’ai invariablement répété la même histoire, celle d’une professeure d’anglais manifestant un profond intérêt pour le peuple chinois.

Mes sentiments étaient partagés alors que je passais du temps avec ces gens du monde, il m’était difficile de ne pas penser que je faisais quelque chose de mal. Ils juraient, fumaient et certains buvaient plus que de raison. Ils faisaient souvent référence à des choses qui m’étaient inconnues. Je ne comprenais pas leurs insinuations, et je n’avais pas lu leurs livres ou vu leurs films. Mais je me suis mise rapidement au courant. J’ai appris à donner le change ; je ne voulais pas perdre ma couverture, de plus c’était intéressant d’en apprendre davantage sur leur vie. Je suivais les instructions le mieux possible sans discuter et j’en oubliais le sentiment de culpabilité.

En plus des nouveaux camarades rencontrés à l’école, j’ai prévu de passer du temps pour tenter de parler avec des Chinois. Je m’asseyais dans les restaurants, flânais dans le parc de Huaihai, lisais des livres dans les squares, ou sautais dans le métro et les bus, me liant d’amitié avec toute personne ayant du temps ou acceptant de faire la conversation afin de perfectionner mon chinois maladroit. J’ai prié Dieu lui demandant son aide, en fait connaissant déjà une Chinoise j’ai trouvé facilement des gens s’intéressant aux étrangers.

Jean est devenu ma première étudiante de la Bible. J’ai abordé le sujet après notre week-end en vélo. J’avais commencé par collecter quelques renseignements en début de journée. Aussi lorsque nous nous sommes assises devant un plat de bœuf bouilli et un autre contenant du poisson à la vapeur, je commençais mentalement à me remémorer quelques approches pour lancer la conversation, selon les techniques bien rodées des témoins de Jéhovah.

« Jean, lorsque tu as parlé du décès de ta grand-mère il m’est revenu à l’esprit ce que j’ai ressenti lorsque mon père est mort. J’ai comprends parfaitement ce que tu ressens. »

Jean s’apprêtait à répondre, mais j’avais déjà en tête ma phrase suivante.

« Je sais que cela peut te paraître étrange, mais sais-tu que tu pourras la revoir un jour ? »

Jean, bénie soit son âme, a poliment levé ses sourcils. « Vraiment ? »

« Oui. Quand je me sens triste à propos de mon père, je lis avec plaisir ce que dit la Bible quant à la condition des morts. As-tu déjà lu la Bible ? »

« Non, et pourtant elle m’intéresse ! J’aime tellement Noël. La première amie étrangère que j’ai eue était chrétienne, et elle était si gentille avec moi. Elle est même venue, une fois, rendre visite à ma famille. Mais après elle a quitté la Chine, et je ne l’ai plus jamais revue. »

« Eh bien, c’est incroyable, je ne savais pas que nous avions cela en commun. La prochaine fois, si tu le souhaites, je pourrais t’apporter un livre et une Bible. Tu trouveras certainement du réconfort en la lisant. »

Jean a accepté avec enthousiasme. J’étais contente d’avoir fait ce qu’on attendait de moi et fière également d’avoir trouvé mon premier étudiant de la Bible en Chine. J’aurais voulu envoyer un courriel chez moi, mais je savais qu’il était interdit de parler de notre travail ici, en Chine. J’ai alors réalisé que je conduisais Jean dans une voie délicate ; elle serait obligée de mener une vie en partie clandestine, étant considérée comme une criminelle potentielle et ennemie de l’État. Elle devrait réduire ses liens familiaux, se séparer de ses amis, ne se marierait certainement pas, n’aurait pas d’enfants—ne pouvant se marier en dehors du groupe, de plus il y très peu de témoins en Chine continentale. Il me semblait que ce serait, pour Jean, un prix supportable à payer pour connaître la vérité. Si j’arrivais à la convertir elle pourrait survivre à Armageddon.

Je devais être toujours prudente. Je n’allais pas lui dire d’où je venais. Nous avons pris l’habitude d’étudier dans les parcs publics, cependant un jour pluvieux j’ai aperçu 2 hommes en costume polyester nous prenant en photo. Nous nous sommes séparées, par sécurité j’ai pris le métro partant dans une direction opposée à mon domicile. Après cet épisode nous nous sommes retrouvées dans des cafés occidentaux, en changeant chaque semaine de lieu. J’ai emballé les publications de la Watchtower avec des papiers cadeaux afin qu’elles passent plus discrètement.

Jean aimait la culture occidentale. De retour à Jiangsu elle a repris des cours d’anglais attisée par son désir d’en apprendre le plus possible sur le monde extérieur. J’étais son aide la plus précieuse, il en était de même pour elle à mon égard. L’étude se déroulait à moitié en chinois et à moitié en anglais, pour les passants nous donnions l’impression de nous apporter un support linguistique mutuel. Jean s’enthousiasmait pour tout ce que je lui apprenais. Elle a appris les mots anglais Dieu, Jésus, Armageddon. Et très accessoirement elle a développé un goût marqué pour le cappuccino.
Ainsi je parcourais les rues de Shanghai, mon sac à dos rempli de livres, traversant Shanghai en tous sens pour conduire les études bibliques de mes intéressés chinois. Mon chinois s’est amélioré, j’ai commencé à remarquer que les Chinois habitant en Chine continentale réagissaient très différemment à mon message, que les immigrants à Vancouver. Les enseignements de la Bible étaient incompréhensibles pour leur esprit. La création ? Dieu ? La vie éternelle ? Ne pas aller suivre le cursus universitaire ? Ne pas s’intéresser à l’argent ? Ils riaient parfois surtout à propos de l’abandon du matérialisme. Mais aucun d’eux ne voulait arrêter d’étudier en ma compagnie. Ils commencèrent à m’inviter pour dîners dans les restaurants géants avec leurs familles, plaçaient les meilleurs morceaux de viande dans mon bol.

Jean et moi avons continué de nous rencontrer semaine après semaine. Nous sommes devenues de grandes amies ; elle a commencé à me donner des leçons particulières de chinois, et à terme je l’ai aidé à trouver un poste d’enseignant dans l’une des écoles de langue pour les étrangers. Elle a été un professeur talentueux. Je me suis dit plusieurs fois : quel bon prédicateur elle fera, quand elle sera prête.

Je me suis rendue compte —connaissant mieux Jean— maintenant qu’elle se sentait en totale confiance et à l’aise avec moi, que depuis notre premier diner à Hunan elle se serait satisfaite largement de notre amitié avec ou sans résurrection. C’était le cas pour tous mes étudiants de la Bible. La plupart des Chinois du continent ont de la peine à se référer à des notions occidentales comme la résurrection, la création, le paradis. Je comprends maintenant qu’à Vancouver, je n’étais qu’un simple professeur d’anglais, se déplaçant en Volvo, offrant la possibilité de pratiquer l’anglais à des immigrants heureux et perplexes tout à la fois. En Chine, il n’y n’avait aucun mot affecté, maintenant je comprenais les mots. Je voulais sauver des personnes parmi un peu plus de 1,3 milliard de personnes qui concevaient la vie de manière complètement différente de mon approche. 
Les concepts que j’ai essayé de leur transmettre, aussi étranges qu’ils aient pu leur paraître, ne les ont pas rebutés à cause du désir qu’ils avaient de se faire un ami occidental.

Tôt ou tard, durant nos études, mes élèves voulaient jeter un œil dans le livre au chapitre traitant d’Armageddon—particulièrement sur la double page centrale montrant le feu descendant du ciel, la terre tremblant provoquant la mort de nombreuses personnes tombant dans des failles béantes apparues dans le sol. Loin de chez moi et dans un contexte complètement étranger j’ai pris, pour la première fois, conscience de ce que j’enseignais : « Parce que tu es né ici dans cet immense pays et que pour ma part je suis née dans mon monde, Dieu va te tuer, toi et ta famille et tes amis alors qu’il m’épargnera. Étant rattaché à une autre éducation, provenant d’une culture différente, donc parce que tu as une autre conception de la vie, de la spiritualité, de la bonté, tu ressens les choses différemment tu vas mourir alors que moi je vivrai. Tout cela, parce que l’on me l’avait enseigné semaine après semaine depuis que j’avais 5 ans, a un sens à mes yeux. Et tu n’étais pas là ». (Le livre est resté ouvert à la page central représentant Armageddon.)

J’ai ressenti une profonde gêne.

Alors que je me trouvais dans l’un des pays les plus autoritaires et restrictifs qui soient, j’ai exercé pour la première fois de ma vie la liberté de penser. Je ne passais plus en courant de mon emploi à temps partiel aux rendez-vous de prédication, aux études de la Bible, aux réunions ainsi qu’aux assemblées tenues dans l’année. Je ne passais plus mon temps à faire du porte à porte. Je n’assistais plus aux réunions hebdomadaires à la salle du Royaume, levant la main pour donner une réponse, un commentaire tiré d’une publication de la Watchtower. Je n’utilisais plus le peu de temps libre me restant en dehors des réunions, pour préparer mes commentaires pour une prochaine réunion.

Une année passa. Je ne pouvais pas lire les publications de la Watchtower sans avoir un froissement de sourcils tout me tournant vers l’internet chinois et sa censure pour essayer de trouver des points de vue différents. J’ai trouvé cela très dur et il me devenait toujours plus difficile de croire que cette religion était la seule vraie religion, la seule façon de trouver le bonheur. Je savais que je risquais d’être tuée à Armageddon pour avoir de telles pensées, et serais avant toute chose chassée de la congrégation et bannie par mes amis et ma famille. Tout pécheur peut être excommunié : pour avoir eu des relations sexuelles avant le mariage, avoir commis l’adultère, pratiquer l’homosexualité, être un alcoolique, s’adonner au tabagisme, à la drogue… la liste des péchés cités ici n’est pas exhaustive. J’en connaissais les conséquences, parce que j’avais été excommuniée quelques années auparavant avant d’avoir des relations sexuelles avec un ami témoin et avoir dû avouer les détails de notre relation à un collège de trois anciens âgés. Personne ne nous a forcés à nous confesser, mais en cachant notre péché nous aurions mené une double vie qui nous conduisait à la mort à Armageddon, Dieu voyant tout. Les trois anciens qui m’ont convoquée pour traiter de mon cas n’ayant pas été témoins oculaires de notre relation, ils ont posé par conséquent de nombreuses questions à propos de ma relation sexuelle pendant laquelle j’avais perdu ma virginité.

« Combien de fois avez-vous eu des relations sexuelles ? »

« Y a-t-il eu des caresses très engagées ? »

« Après combien de temps êtes-vous passé à l’acte ? »

« Le garçon a-t-il éjaculé ? »

« Avez-vous utilisé un moyen de contraception ? »

« Qui a acheté ce moyen ? »

« Est-ce bien tout — hum — avez-vous eu des relations orales ? »

Mon copain et moi avons été excommuniés. Si nous voulions participer aux réunions, ce qui était nécessaire pour être réintégré, il fallait s’asseoir dans la rangée du fond et quitter immédiatement à la fin du programme.

Personne n’était autorisé à nous parler.

Mon père est décédé cette année-là. Je suis allé à ses funérailles à la salle du Royaume. Je me suis assise à la rangée du fond. Personne ne m’a parlé.
Le jour où les anciens m’ont rencontrée au Starbucks Coffee, j’ai hésité entre retourner à la situation réconfortante de savoir que j’ai raison quand tous les autres ont tort et le sentiment de n’être plus la même personne.
Frères Richard et Steven ont attendu patiemment ma réponse.

« Je n’avais pas beaucoup vu Jean ces derniers temps, et je savais qu’elle serait confuse quant aux raisons m’ayant poussée à arrêter d’étudier avec elle. Je lui ai dit que j’avais fait quelques recherches et trouvé que j’avais tort sur certaines choses. »

Les anciens ont pris leurs stylos et a commencé à prendre des notes.

« Je lui ai dit de se poser des questions sur ce que je lui avais appris. Que je pensais alors que c’était la vérité et n’avais jamais voulu l’induire en erreur, mais maintenant il y avait des choses qui ne représentaient plus à mes yeux ce qu’elles étaient censées représenter auparavant. »

Frère Steven s’est levé lorsque je me suis interrompue et m’a remerciée pour de ma franchise. « Merci d’être si sincère. »

« Et finalement, je lui ai dit que je l’aimais (Jean) et voulait continuer à être son amie, si elle était prête. »

Je n’ai pas été beaucoup plus loin. Je n’ai pas dit aux anciens que j’avais lu des livres écrits par un ancien membre du Collège central remettant en cause—après un examen sérieux— l’organisation, ce qui lui a valu l’excommunication de l’organisation. Je ne leur ai pas mentionné non plus les histoires parlant de la maltraitances d’enfants occultées par la société Watchtower, ni rapporté les décès de personnes ayant refusé une transfusion sanguine à cause de l’interprétation discutable d’une loi ancienne. Je ne leur pas parlé d’un frère de ma congrégation à Vancouver, excommunié pour homosexualité, qui s’est pendu dans les forêts de l’UBC. Je n’ai pas dit que je pourrais vérifier presque chaque point comme étant ceux d’une liste de « caractéristiques d’une secte ». Je n’ai pas dit que nous étions élitistes, et que nous avons divisé le monde en 2 parties « nous » et « eux ». Et enfin je n’ai pas dit que j’avais la sensation d’être un vendeur faisant du porte à porte, vendant une illusion parlant d’amour, nous trompant nous-même.

Assise en silence à leur côté je n’ai pas dit ce que je savais. Mais j’ai pu voir dans leurs yeux qu’ils savaient ce que à quoi je faisais allusion à, tout le moins Steven. Mais ils avaient leurs raisons pour rester témoins, j’avais commis le péché le plus grave et le plus impardonnable de tous, le péché que Dieu ne pardonne pas. Il n’y a pas de retour en cas d’apostasie.
Ils m’ont demandé à se consulter seuls un instant. Je suis allée aux toilettes. J’ai lavé mes mains. Tout ce qui importait disparaissait au loin : mes amis, ma famille, mes souvenirs, un but, le sens de la vie, l’avenir. Et j’avais fait le choix.

Au moment de quitter ce rendez-vous avec mes nouvelles instructions — me taire et rester à l’écart — une citation d’un des livres d’apostats que j’avais lu me revint à l’esprit. C’était une citation de J.F. Kennedy :
Le grand ennemi de la vérité n’est pas souvent le mensonge — délibéré, tiré par les cheveux et malhonnête, mais plutôt le mythe, persistant, persuasif et irréaliste. La croyance en un mythe permet le confort de l’opinion sans l’inconfort de la pensée.

Maintenant, je suis assez mondaine, je suppose. J’habite à New York. J’ai fais carrière. J’ai des relations sexuelles avec mon copain. J’ai de nouveaux amis, et je vais au Collège le soir. Parfois, après une longue journée, je vais courir à Battery Park, et il est difficile pour moi de ne pas remarquer le symbole rouge clignotant de la Watchtower du haut d’un bâtiment de son quartier général à Brooklyn situé de l’autre côté du fleuve. Parfois le matin en sortant du métro à Grand Central, j’aperçois les sœurs pareil à des zombies plongées dans une paix intérieure brandissant chacune un périodique avec une photo du paradis sur la page de couverture. Je me rappelle combien il était agréable de croire à ce mythe. Maintenant parfois j’ai des pensées inconfortables, mais au moins ce sont les miennes.

Amber Scorah est née à Vancouver, au Canada. Elle a passé six ans à Taipei et à Shanghai. Elle était la créatrice et animatrice du podcast hebdomadaire populaire Dear Amber : The Insider’s Guide to Everything China, about Life as a Foreigner in Mainland China. Amber vit et écrit à New York et parle couramment le chinois mandarin.

Traduit en français avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.
Février Mars 2013 Xavier JP

Commentaires

Prenons un peu de recul voulez-vous. L’histoire racontée par Amber ressemble à celles que pourraient nous raconter de nombreux témoins jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes. Née dans un foyer témoin de Jéhovah, Amber entend depuis sa plus tendre enfance des récits parlant de la destruction de la société humaine opposée à Dieu ainsi que l’instauration d’un paradis terrestre dans lequel ni la maladie, ni la mort n’existeront. Bien sûr ce message n’a pas le même effet sur tous les enfants de témoins. Cependant, la plupart de ces derniers sont marqués par ce qu’ils entendent à la salle du Royaume ou lorsqu’ils étudient avec leurs parents dans le cadre de l’étude familial. Certains désirant sauver le plus de personnes possible décident, à l’image d’Amber, de se lancer dans le service de la prédication de façon totale et cette activité devient à leurs yeux la plus importante qui soit.

Bien que la personnalité de chacun puisse un jouer un rôle non négligeable il convient de noter deux éléments importants intervenants dans le témoignage que vous venez de lire :

— la dynamique de groupe amène souvent des personnes sans trop de charisme, ni trop coincées à se comporter de façon très souvent extravertie ; cette dynamique de groupe n’est pas l’apanage exclusif des Témoins de Jéhovah. Il n’y a qu’à se rappeler la réaction quasi mystique de la foule sur la place St Marc lors de la présentation du nouveau Pape. Des partisans d’une équipe sportive peuvent avoir un comportement qu’ils n’auraient pas s’ils étaient isolés.

— La rencontre d’une culture différente de la nôtre peut déboucher sur des malentendus quasi insurmontables. L’étranger ne comprend pas l’idée cachée derrière une expression qui est parfaitement courante dans notre région. Il peut ne pas comprendre la raison de croire en telle ou telle doctrine.

Amber a rencontré les deux réalités lorsqu’elle découvert la signification exacte de ses convictions dans un contexte étranger à son quotidien passé à Vancouver. Sur le sol chinois loin des réunions hebdomadaires, sans la lecture des périodiques elle a eu le temps de penser par elle-même pour la première fois. Avant son déplacement en Chine elle pensait bien sûr, mais ses pensées étaient préformatées ; elle pouvait s’aventurer à se poser des questions. Elle trouvait les réponses ensuite dans les publications de l’organisation ne contenant qu’un seul type de réponse : celui que veulent bien lui donner les responsables des Témoins de Jéhovah. Si elle était tentée de lire éventuellement un écrit publié par un apostat elle se rappelait les consignes de mise en garde : éviter ce genre de lectures diaboliques. Inutile de perdre son temps à lire aussi les écrits des autres (fausses) religions. Les périodiques de l’organisation rendent compte régulièrement des croyances particulières de ces cultes différents.

Combien de Témoins jeunes et moins jeunes se sont-ils trouvés dans une telle situation ? Beaucoup sont habitués au train-train habituel, assistance aux réunions, prédication ainsi que lecture des périodiques le tout formant la trame de leur vie spirituelle.

Chacun est libre de mener sa vie selon ses décisions. Cependant, il peut s’avérer important de se poser des questions sur la vie que nous menons depuis peu ou depuis des dizaines d’années. Les témoins sont encouragés à faire raisonner les personnes rencontrées sur le message encourageant contenu dans la Bible et sur la religion qu’elles pratiquent actuellement. Pourquoi pas ? Mais ont-ils, les Témoins, le même zèle à examiner leur propre religion ? Se posent-ils des questions sur les spécificités de leur pratique religieuse ? Lorsqu’un Témoin constate des problèmes, des manquements des responsables de son mouvement, les anciens se font un plaisir de lui indiquer que tout est normal puisque les responsables, comme lui-même, ne sont pas parfaits. L’essentiel étant de laisser l’esprit de Dieu œuvrer et corriger quand cela est nécessaire. Mais n’en est-il pas de même des autres religions ?

La réaction des anciens de Shanghai, rencontrés par Amber, n’est pas différente de celle de n’importe quel collège d’anciens lorsqu’il se trouve confronté à une personne soulevant des questions qui deviennent gênantes. Soit cette dernière est prête à accepter les réponses des anciens et à modifier son attitude, soit elle risque l’excommunication qui est l’équivalent du bannissement pratiqué par l’église catholique au moyen âge, mis à part la mort physique. Le coupable se voit coupé de tous ses amis, éloigné de sa famille et perd en un instant la plupart de ses repères.

Quel gâchis n’est-ce pas ? Avoir perdu une personne, comme Amber, qui avait tant d’amour pour les autres et prête à sacrifier une partie de sa vie pour aider autrui à trouver Dieu n’est-ce pas un échec ? Oh bien sûr l’honneur est sauf, la contestation ne passera pas. Nous assistons tous les jours à des réactions de frilosité de la part d’Églises bien plus importantes que le mouvement des Témoins de Jéhovah. Le Vatican est habitué à faire la une des journaux et pas seulement au moment de l’élection d’un nouveau Pape, mais au sein de cette religion la critique peut s’élever sans risque majeur pour celui qui la soulève. Sans doute sera-t-il mis de côté mais il ne sera pas rejeté mis à l’index comme un pestiféré. Comment Jésus réagissait-il face aux critiques ? La défense de l’institution est-elle l’ultime combat à mener ? Je vous laisse le soin de répondre.

Xavier JP février mars 2013

Ma lettre de retrait de chez les TJ

Je veux que mes filles...

TEMOIGNAGE D'UN TEMOIN DE JEHOVAH

Voici une lettre que j'ai reçu ces derniers d'une personne qui est Témoin de Jéhovah et qui souffre d'une maladie grave.

Elle est pour moi, une soeur bien aimée, qui (elle ne le saura que lorsqu'elle lira ces lignes) m'a beaucoup aidé dans le combat que je mène contre l'attitudes Témoins de Jéhovah envers leurs excommuniés.

Ele m'a demandé de mettre cette lettre (témoignage) sur ce site :

"Ces derniers jours ,je me suis trouvée devant un dilemme:

Chez les témoins de Jéhovah, généralement, pour que la famille ne s'y oppose pas le moment venu, on rédige une lettre pour informer que si l'on décède, on désire que ce soit les témoins de Jéhovah qui s'occupent de nos obsèques.

Seulement voilà, moi si je meurs, ma fille sera mise de côté, pas de condoléances pour elle, personne pour la consoler, comme si sa douleur ne comptait pas car elle s'est retirée de le congrégation.

Je le sais car malheureusement, j'ai aussi agi de cette façon envers une sœur excommuniée qui enterrait son père.

Les assistants ne pensent absolument pas que c'est monstrueux, au contraire, on espère ainsi que la personne fera tout pour revenir et qu'elle puisse ainsi revoir son proche parent dans le monde nouveau.

Mes deux  garçons, eux, auront droit à toutes leurs attentions car, n'étant pas baptisés, on leur expliquera bien que si ils veulent revoir leur mère dans le monde nouveau, il faut qu'ils viennent à "la vérité".

Une autre de mes filles qui était, il n' y a pas si longtemps encore, très zélée mais pas encore baptisée et qui vient de se faire "choper" en compagnie de son petit ami, aura droit aussi à de grandes attentions, pour essayer d’emmener le jeune homme à "la vérité".

Bon, je n'ai pas l'intention de partir maintenant (lol), mais étant quand même très malade, il est bon de prévoir les choses.

Finalement, je vais déchirer la lettre initiale pour la remplacer par une qui dit que je ne veux pas que ce soit eux qui s'en occupent, rien que d'avoir pensé ce que cela infligerait à ma fille, cela m'a démolie  psychologiquement...

Au final, ce seront eux qui ne viendront pas, car du coup, comme par enchantement, l'amour qu'ils avaient pour moi aura disparu."

Je viens de relire cette lettre et j'en ai les larmes aux yeux. mais aussi une colère sourde qui monte en moi.

Comment peut-on agir de la sorte envers une soeur de Christ ?

Comment ne pas avoir de responsabilité lorsque notre Dieu aimant interviendra avec son Fils pour "juger les vivants et les morts" en agissant ainsi ?

je prie pour toi, ma soeur et sache que ta lettre, en dehors de tout ce que tu as pu faire pour moi, devient un leitmotiv pour ce combat qui est aussi le tien et celui de nombreux autres personnes (Témoins de Jéhovah ou pas)...

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